Passage est une série de photographies dont toutes les figures humaines ont été découpées au scalpel chirurgical puis contrecollés sur fond noir.

Les photographies anonymes et historiques ont été acquises par l’artiste dans des brocantes, sur des marchés aux puces ou sur des sites de vente en ligne. Lots de photographies privées, mémoires de vies entières fourguées, bradées sur eBay. L’œuvre est prévue pour incorporer à terme au moins 1000 photographies : importance de la multiplicité. Cette série comporte à ce jour plus de 400 photographies évidées.

La procédure chirurgicale reste identique et donne à « voir » chaque individu en soulignant la perte irréparable laissée par sa disparition. Le geste de l’effacement par le découpage de cette silhouette noire laissée vide dans le décor des jours heureux, ou plus sombres, contribue justement à marquer de manière irréfutable l’existence de cette personne. « Toi, mon semblable, mon frère… » dont le nom déjà est effacé du grand registre des vivants, par la violence du geste, je déclare que nul ne peut nier ton existence.

On n’ignore plus depuis Roland Barthes que la photographie a partie liée avec la mort. L’inconnu enregistré par la photographie proclame avoir été. Ultime trace d’une vie muette désormais. L’artiste rejoue et redouble le geste du photographe comme un défi héroïque et minuscule, mille fois répété : chaque silhouette découpée dans ces photographies oubliées brille d’un noir éclat. L’exérèse souligne la présence. Le nom est perdu, mais l’anonyme n’est pas oublié. L’artiste lui élève un très dérisoire tombeau dans notre regard par-delà les ans et la fuite éperdue du temps.

Alexandre Colliex, Directeur international – Directeur associé Manifesto Expo Paris