Mnésique, c’est le titre d’une série de quatre triptyques numérotés de 1 à 4.
Chaque Mnésique est un triptyque dont chacun des panneaux est lui-même composé de 9 planches distinctes. L’unité de base est la feuille de format A4, la feuille de papier-machine, le matériau-même de la reproduction mécanique infinie. La technique est celle du dessin à l’encre de Chine. Le sens de lecture n’est pas en revanche l’habituel déplacement de la gauche vers la droite dans cet ensemble orthogonal et architecturé. Dans chaque panneau, la feuille centrale est le dessin-pivot, le nombril de l’œuvre où la main s’est posée d’abord pour amorcer le mouvement circulaire des 9 cases, 3 par ligne et en colonne. Le triptyque ainsi constitué est en réalité un polyptique en 27 unités de mêmes dimensions dont la multiplication suggère le développement à l’infini du motif qui déborde les limites de l’œuvre.
Selon les principes du All-over, le motif, d’apparence végétale, prolifère pour couvrir avec des densités changeantes l’ensemble de la surface. En effet, les techniques avouées par l’artiste vont du dessin pointilliste au tratteggio (traits fins), technique apprise dans son métier de restauration des polychromies et qui permet de « réintégrer les lacunes de la couche picturale ». Le dessin comme instrument de réparation… Il faut plusieurs mois à l’artiste pour réaliser un triptyque.
Un dessin dont le motif végétal est explicite et le caractère envahissant assumé. « Feuilles, branchages, troncs, racines, tiges souterraines s’imbriquent, s’interconnectent, se déploient, se rompent. Ce sont des arborescences et des rhizomes qui se côtoient, se fondent et s’étendent… » dit-elle. Bien plus que la croissance verticale du tronc central, reliant l’homme au ciel, c’est ici le développement horizontal de la canopée qui est représenté. Le monde végétal est regardé depuis l’intérieur même du couvert forestier. Une arborescence qui nous couvre et nous enveloppe. Un monde végétal avec lequel nous voulons réapprendre à ne faire qu’un. Un dessin qui répare donc.
Mais le titre, Mnésique, référence explicite au travail de la mémoire, indique très clairement que d’autres réseaux sont ici représentés. Les interconnexions neuronales et leur expansion « en rhizomes » sont tout autant le motif impérieux de la recherche. Réseaux dont l’intelligence artificielle s’efforce aujourd’hui de répliquer les architectures arachnéennes. Cette canopée nous offrirait donc une image du cerveau « de l’intérieur », en d’autres termes, de l’espace de fabrication et de stockage de la mémoire par la foisonnante ramification des neurones.
Alexandre Colliex, Directeur international – Directeur associé Manifesto Expo Paris